Face à la confirmation d’un cas de maladie à virus Ebola au Nigeria, le gouvernement béninois place le pays en phase de préalerte et renforce son dispositif de prévention. Surveillance aux frontières, préparation des structures sanitaires et coordination multisectorielle : Cotonou mise sur l’anticipation pour prévenir toute importation du virus. Prévenir plutôt que subir. Face à la menace d’importation du virus Ebola, le Bénin renforce sa vigilance sanitaire après la confirmation d’un cas au Nigeria voisin. Dans un communiqué publié le 20 octobre, le ministère de la Santé a annoncé le passage du pays en phase de préalerte, tout en précisant qu’aucun cas n’avait été enregistré sur le territoire béninois à cette date. Une mesure de précaution qui traduit la volonté des autorités d’agir en amont, avant toute éventuelle apparition de la maladie dans le pays. Le signal d’alerte est venu d’Abuja, où les autorités nigérianes ont confirmé, le 20 octobre, un cas de maladie à virus Ebola, de souche Bundibugyo, chez une voyageuse en provenance d’Ouganda. Selon le communiqué béninois, 44 contacts font l’objet d’un suivi. Cette situation place les pays de la sous-région en état de vigilance, compte tenu de la mobilité des populations et de l’intensité des échanges transfrontaliers. Pour le Bénin, la proximité géographique avec le Nigeria constitue un facteur supplémentaire de prudence. Les déplacements liés au commerce, aux activités professionnelles et aux relations familiales rendent nécessaire une surveillance soutenue des points d’entrée du territoire. Dans ce contexte, l’objectif des autorités est clair : détecter rapidement toute situation suspecte et empêcher, autant que possible, l’introduction du virus. La surveillance aux frontières au cœur du dispositif Parmi les premières mesures annoncées figure le renforcement de la vigilance aux points d’entrée du pays, notamment à l’aéroport international Cardinal Bernardin Gantin de Cotonou. Le ministre de la Santé, le professeur Benjamin HOUNKPATIN, s’y est rendu le mercredi 21 octobre afin d’évaluer le dispositif de détection rapide des éventuels cas parmi les voyageurs. Selon le ministère, des équipements de surveillance sont déjà en place depuis plusieurs années et ont été renforcés au cours des derniers mois. Le dispositif comprend notamment des caméras thermiques installées à des endroits stratégiques du hall des arrivées ainsi que des salles d’isolement aménagées lors de précédentes crises sanitaires. Ces espaces sont destinés à accueillir et à transférer les personnes susceptibles de présenter des signes évocateurs d’une infection. Les autorités indiquent également que des aménagements sont prévus dans le nouveau hall de l’aéroport, actuellement en construction, afin d’y intégrer un dispositif de prévention renforcé. Cette démarche vise à améliorer la capacité de détection et d’orientation des voyageurs présentant des symptômes suspects. Toutefois, la surveillance aéroportuaire ne peut suffire à elle seule. Elle doit être complétée par une vigilance dans les formations sanitaires, des mécanismes de signalement efficaces et une capacité d’investigation rapide en cas d’alerte. Une riposte préparée en amont Au-delà des contrôles aux frontières, le gouvernement mise sur la coordination des acteurs impliqués dans la gestion des risques sanitaires. Le ministère de la Santé a ainsi activé les commissions techniques de la plateforme multisectorielle One Health, une approche qui favorise la collaboration entre les secteurs concernés par la santé humaine, animale et environnementale. Les travaux engagés avec les ministères concernés et les partenaires techniques et financiers doivent permettre d’harmoniser les procédures de surveillance, les modalités de prise en charge des éventuels cas et les autres aspects essentiels de la préparation nationale. L’enjeu est de disposer d’une organisation opérationnelle avant qu’une urgence ne survienne. En situation d’alerte, chaque retard dans le signalement, l’isolement ou l’investigation d’un cas suspect peut compliquer la maîtrise de la propagation. La préparation suppose donc des responsabilités clairement définies, des agents formés, des équipements disponibles et des circuits de communication fonctionnels. En activant ces mécanismes dès la phase de préalerte, les autorités entendent réduire les délais de réaction et renforcer la capacité du pays à faire face à une éventuelle importation du virus. Sensibiliser sans céder à la panique La prévention repose également sur l’information et la participation des populations. Dans son communiqué, le gouvernement appelle les citoyens à ne pas céder à la panique et à privilégier les informations provenant des sources officielles. La maladie à virus Ebola se transmet principalement par contact direct avec le sang ou les liquides biologiques d’une personne infectée, vivante ou décédée, ainsi que par contact avec des objets contaminés. Elle ne se transmet pas par l’air dans les conditions ordinaires de la vie quotidienne. Les autorités recommandent le lavage régulier des mains à l’eau et au savon, l’évitement de tout contact avec les liquides biologiques d’une personne malade et la prudence face aux animaux sauvages retrouvés malades ou morts. Elles déconseillent également la manipulation du corps d’une personne décédée d’une maladie inexpliquée. En cas de fièvre brutale accompagnée d’une fatigue intense, de vomissements, de diarrhée ou de saignements, notamment après un séjour dans une zone touchée ou un contact avec une personne malade au cours des 21 derniers jours, il est recommandé de consulter rapidement un centre de santé et de signaler les circonstances de l’exposition aux professionnels de santé. Une communication claire et régulière est essentielle pour éviter les rumeurs, limiter les comportements à risque et favoriser le recours précoce aux services sanitaires. Maintenir la vigilance dans la durée Si le passage en phase de préalerte constitue une mesure de prudence, son efficacité dépendra de la continuité des efforts engagés. La disponibilité des équipements, la formation du personnel, la coordination entre les services et la rapidité du partage d’informations seront déterminantes. Le défi consiste à maintenir un niveau élevé de préparation sans alimenter une inquiétude disproportionnée. À ce stade, aucun cas n’a été signalé au Bénin selon le communiqué du ministère. Le renforcement des mesures ne signifie donc pas que le virus a été détecté dans le pays, mais qu’une menace régionale justifie une vigilance accrue. En choisissant de consolider son dispositif sanitaire avant l’apparition d’un éventuel cas, le gouvernement béninois fait de l’anticipation son principal levier de protection. Dans un contexte où la rapidité de réaction peut être décisive, la surveillance, la coordination et l’information du public constituent les piliers d’une stratégie préventive dont la mise en œuvre devra être suivie avec attention.
By Claire Mvondo — Journalist